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Fiche de Guilde
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Libération

le Mer 11 Avr - 12:49
C’était d’abord le sifflement du vent en plein désert, la gorge sèche, les yeux brûlants ; on ne voyait plus rien à dix pas. Silithus, Tanaris, Uldum, ou peut être ailleurs : cette chaleur, en rappelait une autre.

C’était ensuite la lave, le bruit des pioches au loin, les mains fatiguées, le dos courbatu. Le corps tombait, lâchait, mordait la poussière.

Venait après la magie, la braise au creux des paumes, les mots chuchotés, l’exultation de manipuler l’essence même de la création, l’arcane.

Et puis revenait cette flamme dévorante, qui se retrouvait dans chaque tableau. Il faisait chaud, trop chaud, et le feu, rougeoyant et ronflant, se muait petit à petit, sa base noircissait, et ses volutes prenait une teinte sinistre, un vert, émeraude, qui mordait la peau plus fort que le tranchant d’une lame, et consumait, au sens propre, jusqu’à l’âme, jusqu’à la moëlle.

Tisharrin ouvrit les yeux, la douleur vrillait chaque particule de son être, émanant de son poignet droit, remontant dans tout son corps, refluant au rythme affolé de son sang.
Elle cracha quelques mots, et les chandelles de la pièce s’illuminèrent d’un seul souffle, jetant leur lueur vacillante sur un mobilier sobre et élégant, une pièce spacieuse, bien trop grande pour sa minuscule occupante, qui demeurait seule dans l’immensité de cette demeure.

La mage reteint un gémissement, faillit trébucher en se redressant dans le tapis douillet au sol, se traîna plus qu’elle marcha jusqu’à la bassine d’eau non loin de sa couche.
Elle releva sa manche, découvrant le glyphe tordu illuminé de tous ses feux, ourlant la peau blafarde d’une nuance olivine. Avec un spasme, elle immergea sa main, jusqu’au poignet, trempant la marque gravée dans ses chairs.

L’effet tenait plus du placebo : rien ne pouvait réellement apaiser, si ce n’étaient les minutes qui s’égrenaient, la douleur de la marque gangrénée, mais Tisharrin se contentait du maigre apaisement que la fraicheur de l’onde lui procurait.
Elle sentit son cœur décélérer lentement, le sang cessant de lui marteler aux tempes, au même tempo que la souffrance la désertait, ne laissant comme trace de son passage qu’un corps prostré et courbaturé.
Tisharrin prit le temps de faire un point mental sur les quelques bribes de rêve qui lui revenaient en tête. Silithus n’avait pas été pour arranger son état, la proximité permanente de magies totalement opposées à son propre prisme, comme celle du Vide, la chaleur, la soif, l’omniprésence de l’effort et du combat, ne seyaient guerre à sa condition physique actuelle.

Elle observa le glyphe redevenir simple marque perdue sous ses tatouages, avec fascination, et effleura la peau creusée, seule manière de le sentir quand il ne faisait pas des siennes, ce qui lui procura une décharge électrique, mélange de haine et d’avidité, de peur et de désir, tant d’émotions qui l’avaient amené à sceller ce pacte.
La Légion n’était plus, aujourd’hui, et depuis, la rune était moins omniprésente. Mais un pincement d’appréhension serrait toujours le cœur de la mage, en songeant que peut être, quelque part dans l’immensité de la Ténèbre, son contractant avait survécu, et, qu’un jour ou l’autre, il viendrait réclamer son dû.

Elle avait cru, un temps, l’espace de quelques semaines, que plus jamais elle ne serait tourmentée par son glyphe, mais il était revenu quelques temps après son entrée dans la Guilde du Fer, et continuait dès lors dans ses moments de faiblesse.
Et faible, elle l’était. Avoir failli perdre un rein ne l’avait pas mis dans les meilleures dispositions, fort heureusement, elle n’avait rien écopé de plus grave, mais pour sa fragile constitution payait le prix fort.

Plus d’une fois, notamment durant l’assaut final contre la Horde, mais surtout face à Turin, elle avait brûlé d’utiliser la profondeur de son savoir pour se venger de la malice du nain, et de la hardiesse de leurs adversaires.
Même si le démonisme demeurait toléré dans l’Alliance, on posait trop de questions à son goût à ses utilisateurs. Et elle ne connaissait pas l’attitude de la Guilde quant aux arcanes les plus sombres.

Tisharrin sécha rapidement son bras, et entreprit de passer ses robes. Il était fort tard, ou tôt, selon les points de vue, la lune était haute dans le ciel, mais pas tout à fait encline à commencer à revenir vers la ligne d’horizon. Pourtant, retourner au sommeil lui paraissait insupportable. Son esprit avait trop à penser.

Elle sentait ses intérêts menacés, voire desservis, auprès de la plupart des mercenaires. Cette expédition avait brisé le peu d’illusions qu’elle aurait pu se faire envers ses collaborateurs : elle était seule, de nouveau, malgré l’apparente camaraderie qu’elle avait vu régner un temps. Chacun œuvrait pour ses propres motifs, et si la mage aurait confié sa vie à Jord ou Dolhime, elle s’était promis de garder une distance pour sa propre sécurité.
Jord, d’ailleurs, avait été de sage conseil, mais ce qu’elle lui avait conseillé, la naine avait du mal à s’y résoudre : attendre de glaner suffisamment d’influence auprès des leurs.

Etre dans le viseur d’autrui était déjà gênant, attirer encore plus l’attention pouvait se révéler désastreux. Trop de secrets qu’elle devait garder par devers elle :  mais les paroles de la demie-humaine l’avaient tout de même questionnées pendant de longues heures.

Seule la quête de savoir de Tisharrin l’avait amené à réunir des richesses, jusqu’à se retrouver dans la Guilde. Là, elle avait tenté de se rendre indispensable auprès des Dignitaires, jouant de jolis mots, et de ses quelques talents pour la diplomatie, notamment auprès de l’agaçante ambassade ren’dorei. Cela dans le but, et l’unique but, de gagner en influence. Pour autant, elle s’était toujours imposée une limite qu’elle hésitait à franchir, pour briguer davantage.

Le pouvoir mortel ne l’avait jamais intéressé, la tête toujours tournée vers les cieux, déconnectée de ses contemporains, elle avait conscience de courir après un idéal bien plus éthéré que de l’or, bien plus dévoyé que toutes les richesses qui pouvaient couvrir Azeroth.

Mais, peut-être était-ce une étape nécessaire pour atteindre son objectif final.
Dans sa demeure de Forgefer, elle avait fait retirer tous les miroirs, pour être sûre de ne pas croiser le reflet déformé, aux grandes cernes caves, et aux parures de satin : à ses yeux, elle n’avait jamais grandi, voir ce corps de femme lui provoquait un malaise palpable.

Elle se bridait. Par peur. Par hésitation. Par mésestimation de ses propres compétences, peut-être.
Oui elle avait peur.

Le murmure du tissu sur les pierres glacées l’accompagna alors qu’elle déambulait dans les alcôves paisibles qu’elle avait voué toutes entières à l’étude.
Elle était terrifiée, même. Plus d’une fois, pendant l’expédition, la peur l’avait empêchée de raisonner correctement. Et pour ça, elle se détestait d’autant plus.

Elle en avait plus qu’assez de se voir en bas de l’échelle, impuissante face à des situations qui la révoltait. Qu’une sang-mêlé, comme elle, une moins que rien, puisse s’élever au sommet… Cette pensée lui échaudait le sang.
Cela faisait quelques jours qu’elle avait déserté l’office, préférant se livrer aux bras du sommeil.
Fuir. Ça avait toujours été sa grande spécialité.

Elle se restaura seule, dans le silence oppressant qui elle, ne la dérangeait guère, puis se dirigea vers sa salle de travail. Il lui fallait encore réfléchir à l’enchantement qu’elle appliquerait pour la vente aux enchères.
Des patrons de runes, gravés dans du bois, étaient disposés sur un établi parfaitement rangé, derrière lequel elle s’assit, donnant une légère impulsion à un globe fluctuant, qui se mit à tourner de lui-même, se couvrant d’une masse brumeuse, pour symboliser les nuages englobant Azeroth.

Autour de cette mappemonde, de petites lueurs se mirent à briller : l’enchantement était inexact, Tisharrin n’avait jamais cartographié la Ténèbre, et elle doutait que quiconque l’ait jamais fait, ou le fasse un jour, mais elle aimait s’imaginer cette infinité de monde, si lointains, qui recelaient encore tant de secrets.

Elle se perdit un instant dans leur contemplation muette, avant de saisir une pointe et une bille de bois. L’extrémité de son instrument s’illumina légèrement, entamant le matériau avec aisance :  la mage choisit d’y graver une rune évoquant le principe de l’infini.
Au fur et à mesure que les minutes s’égrenaient, concentrée sur son travail, elle s’aperçut que son esprit vagabondait ailleurs, ce qui eut le don de l’agacer. Après plusieurs tentatives, inspirant à fond, pour se focaliser, elle laissa tomber son outil, et fixa, rageuse, le mur.

Une boule dans sa gorge ne voulait pas la laisser tranquille, même quand elle s’efforçait de l’ignorer, et de se replonger dans ses tâches quotidiennes.
Il lui fallut plusieurs minutes pour décrypter ce sentiment, pas qu’il lui soit inconnu, mais il n’était pas naturel pour elle de l’accepter, trop habituée à se résigner à sa place en marge, aux brimades et aux regards moqueurs quant à la condition de son sang, et à ses particularités physique.

Elle était en colère. Pire. Elle ressentait de la haine.
Ce constat la laissa hagarde, elle cilla plusieurs fois, et demeura dans le silence pendant ce qui lui sembla une éternité, indécise de ce qu’elle devait faire quant à cette information.
Finalement, elle se redressa, chancelante, avant de se diriger vers la salle attenante à son atelier, presque comme une somnambule.

Elle déblaya le désordre ambiant – ce qui, pour la maniaque Tisharrin, attrayait à un meuble à peine déplacé - et sortit le mannequin dont elle usait pour tester certains de ses enchantements.
La naine contempla le visage de cire, le corps rembourré de tissu sous une solide gaine de cuir, durant plusieurs minutes, avant que ses lèvres ne se mettent à bouger toutes seules, son corps sachant instinctivement ce qu’elle cherchait réellement.
L’illusion se tissa d’elle-même, à mesure que l’incantation était prononcée. Le mannequin sembla se parer d’os, de chairs, d’une armure, d’un regard rougeoyant, d’un crâne chauve tatoué…

Bientôt, Turin Cendrecroc apparut devant les yeux de la mage, déformé dans les détails que la colère de la naine lui avait ajoutés, une laideur qu’elle avait conféré à ses traits, inconsciemment, une expression déformée et méprisante.
Elle se perdit dans le regard vide d’une duperie crée par les arcanes, mais qui suffit à embraser en elle quelque chose qu’elle se permit de gouter du bout des lèvres. Même si elle ne prit qu’une gorgée à la coupe ardent de sa haine, cela suffit à répandre sa trace dans ses veines.

Sa main se tendit, d’instinct, et les bandelettes autour de son gant se levèrent comme autant de serpents prêts à frapper, entourant le cou du Sombrefer, du mannequin, de l’illusion, qui pourtant se tordit comme s’il suffoquait. Tisharrin serra encore, encore, encore, jusqu’à ce que toute couleur déserte les lèvres, jusqu’à ce que toute vie quitte ce simili de corps.
Elle voulait le voir mort, elle voulait le voir souffrir, à ses pieds, à genoux, fouler son corps raidi par l’étreinte du trépas, elle voulait jubiler d’être la dernière d’eux deux.

Le mannequin s’écroula sur le côté, alors qu’elle le balançait d’un mouvement du poignet. Sa maigre force ne lui aurait pas permis, mais le pouvoir qui coulait en elle s’en chargeait à sa place.

Elle avait retenu son souffle, la tête lui tournait, aucun son ne franchissait ses lèvres, alors que le crâne de l’illusion heurtait le sol, et que les bandelettes revenaient à leur maîtresse, entourant Tisharrin, bien plus longues et exponentielles qu’il n’aurait été possible de le deviner au premier abord : la naine faisait toujours en sorte de cacher ses atouts dans sa manche.
La mage s’emplit de l’image de ce réplica agonisant. Alors qu’elle pensait trouver la paix, elle se rendit compte que ce n’était pas suffisant.

Encore le voir, même dans la mort, ce n’était pas assez.

Son sang tapait, affolé, à ses oreilles, ses poumons réclamaient l’air qu’elle refusait de leur donner.
Il y eu un instant d’hésitation, mais la douleur qui s’insinuait en son sein lui indiquait qu’il n’était plus possible de garder une telle pression emmagasinée dans sa frêle enveloppe charnelle.
Elle devait laisser aller, et si cette pensée l’effraya un instant, elle s’y résigna avec ce qui devint, au fil des secondes, une jubilation sauvage.

D’un coup, d’un seul, Tisharrin se permit de briser les digues, en un cri qui lui déchira la gorge. Alors qu’elle s’était détournée à demi, elle fit volteface, et de ses mains tendues jaillit une nuée de flamme d’un vert criard.
Nulle fumée n’emplit la pièce, simplement le reflet sinistre d’un fléau dévorant l’essence de la vie, s’en gorgeant pour briller plus haut, plus fort.

Le visage du mannequin fondut, à l’image de celui de l’illusion représentant Turin, son corps explosa sous la chaleur du feu, le bois se consuma, l’avidité de la gangrène le carbonisant en quelques instants.
Tisharrin continuait de hurler, et de ses paumes cette force brute, terrifiante, s’extrayait, charriée par ce petit être à la silhouette brisée.

Quand il ne resta que cendres du faux Turin, de la pièce, et de la plupart des objets s’y trouvant, une profonde lassitude s’insinua dans le cœur de la naine.
Sa rage s’apaisa, les flammes décrurent ; pourtant, dans ses yeux de braises toujours dansait le reflet du pouvoir des démons.
Son esprit ne lui permit pas de s’appesantir sur ce qu’elle venait de faire. Elle profita de cet élan de hardiesse, sans se laisser le temps de la réflexion.

Dans un claquement, elle referma derrière elle la porte à double tours, et se précipita de nouveau dans sa chambre, retirant ses frusques enfilées depuis à peine quelques heures.
Elle choisit dans sa penderie la tenue aux dorures les plus somptueuses, passa sur son crâne sa tiare dont le cristal de mana avait été rechargé, para ses mains de gants de velours, farda ses yeux pour en dissimuler les cernes.
A présent, elle en avait le cœur net : elle y arrivait encore. Presque plus facilement que de convoquer les arcanes. Le pouvoir de la Légion, bon gré, mal gré, était imprégné dans ses chairs.

Cette libération, d’un mois, et bien plus dans toute son existence, de contrariétés, de colère, de rancœur, et de sentiments entremêlés, conféra à sa démarche un pas plus léger.

Si elle arrivait à contrôler le pouvoir des démons eux-mêmes, de quoi avait-elle peur pour se confronter au pouvoir mortel ?
C’était cette pensée en tête qu’elle quitta sa demeure, bien décidée à retourner à l’office, butée dans l’objectif qu’elle s’était fixée.
Son esprit pour la rassurer, omit de lui-même de se poser cette simple question :
Etait-ce elle qui venait de contrôler la magie gangrénée, ou cette dernière qui avait pris le dessus sur sa personne, toute mesure balayée par les affres de la colère ?

En cet instant, toute rationalité fut chassée de son esprit, remplacée par une froide résolution, et en son cœur, le bouillonnement agréable d’un pouvoir illusoire.
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