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Foudre-plume, origines

le Lun 16 Avr - 17:39

D’impétueuses tempêtes secouaient les montagnes enneigées du sud, et la colère de Thorim s’abattait comme d'ardents javelots sur les mystérieuses forêts d’acier de Northeron. Les membres du clan Foudre-plume venaient de fêter le solstice d’hiver en sacrifiant quelques bêtes au nom des Ases, et s’étaient trouvés bien enjoués de la prompte réponse de celui pour lequel ils avaient depuis des siècles levés bien haut leurs marteaux.

C’était un petit clan d’une cinquantaine de nains seulement, mais qui s’illustrait par la grandeur de ses exploits plutôt que par la taille de leurs villages. À la tête de ce petit peuple, le Thane Valdrak Foudre-plume régnait déjà depuis presque deux siècles. C’était un vieux nain à la peau aussi pâle que la neige qu’il foulait, et dont les tatouages claniques narraient les prouesses. Il avait cette longue barbe grise si rare chez les guerriers du clan qui n’avaient en général pas même le temps de voir la leur se ternir et se parer des premiers filets d’argent de la vieillesse. Son marteau-tempête en main, relique millénaire au grand prestige, il dirigeait son clan comme un loup sa meute, dans le culte des ancêtres, du Grand Griffon, des éléments et, surtout, des créateurs et gardiens du monde. De sa famille la plus proche, il n’avait plus grand monde ; son épouse n’avait pas passé la disette de la décennie précédente - car ce n’était pas un clan dont l’or foisonnait, mais un clan dont la richesse se transmettait par la voix des anciens et des bardes lors des veillées près du grand feu -, et son fils aîné avait péri au combat contre un clan rival. Il n’avait plus que sa jeune fille, une gamine d’une quinzaine d’années aux cheveux châtains et aux yeux bleus, déjà trop mature pour ses quelques pieds de haut, et son jeune frère, Ulor, qui était connu dans toute la contrée pour son talent au combat qui égalait son amour des femmes et de l’hydromel.

La neige avait envahi toute la région à des lieux à la ronde, si bien que sur le dos de leurs griffons, les Foudre-plume pensaient vivre sur un nuage bordant tous les horizons. L’heure de la chasse était venue, il fallait former les plus jeunes, et rapporter assez de viande de bélier pour tenir jusqu’au petit printemps. Comme chaque année, les grâces de Thorim chassaient les béliers sauvages vers les hauteurs des montagnes de l’ouest, en direction des terres humaines plus calmes et verdoyantes. Là, ils se retrouvaient offerts aux chevaucheurs qui n’avaient qu’à laisser leurs bêtes les cueillir à flanc de falaise pour les achever au sol, dans un rituel mêlant grands silences, chants et prières. Comme chaque année cette chasse serait fructueuse, étant comme un don des dieux, et s’étalerait sur une semaine entière. Un petit campement s’était monté dans les montagnes, entre deux sapins tordus, et la poignée de chasseurs passait de délicieuses soirées autour du feu à se raconter histoires paillardes et récits héroïques, sans l’ombre épaisse et menaçante leurs femmes restées au village.

Tout se passait si bien et de façon si habituelle, les chasses d’hiver se répétant inlassablement de la même façon depuis des siècles. Pourtant, cette année-là, un facteur fit changer à jamais la vie des solitaires Foudre-plume. Valdrak portait son marteau au ciel en beuglant ses faits de guerre, écouté avec attention par les pisses-lait chassant pour la première fois. Ulor, lui, s’était retranché dans un coin, avec le dessin grossier au fusain d’une bavette du village qu’il voyait dans ses rêves les plus fous, quand le bruit sourd d’un craquement troubla les festivités. Hargneux, et surtout en guerre contre les clans voisins qui devaient chasser eux aussi, les nains prirent tous leurs armes, posant leurs regards vifs sur le creux entre les rochers laissant voir les cimes des plus hauts arbres d’Arathi. Quelques voix s’élevèrent alors, incompréhensibles, sonnant comme un chant d’oiseau et un grognement de loup. Deux faces noircies par la poussière apparurent, tremblante sous les beuglements des guerriers aux longues barbe ; c’était un vieil homme en tenue de cuir, accompagné d’une jeune femme d’une grande beauté, petite et ronde à souhait. Ces humains étaient des voyageurs, des marchands ou peut-être même des exilés, qui étaient partis à l’aveugle vers les montagnes de l’est pour découvrir le vaste monde se cachant derrière. La mule qui transportait leurs quelques provisions avait glissé et était tombée dans le précipice, s’écrasant lourdement sur un pic en contrebas ; ils ne pouvaient plus que compter sur les bonnes intentions de ceux qui leur faisaient face. Le dialogue ne fut pas aisé, aussi l’un des jeunes chevaucheurs lança une pierre dans les genoux du vieillard. Sa progéniture, se jeta au sol, à la fois aux pieds de son père pour le protéger et à ceux des nains, pour les implorer. Valdrak s’apprêtait à ordonner leur mise à mort, quand Ulor tenta de plaider en leur faveur, l’alcool brouillant sans doute sa raison. L’humaine lui avait visiblement tapé dans l’œil, avec ce petit corps tout en largeur, elle avait presque l’allure d’une naine, de loin, et avec quelques cornes d’hydromel dans le nez. Le Thane parvint finalement à calmer sa méfiance, et laissa les inconnus partager son campement pour la nuit. Ils devraient, dès le lendemain être reconduits sur les terres de leur peuple par deux jeunes nains, avec prière de ne jamais plus passer les frontières de pierre.

Ils ne se comprenaient pas, mais parvenaient tout de même après quelques lichettes à communiquer sommairement. Les nains dansaient sous les yeux émerveillés des humains qui n’avaient jamais vu plus loin que le bout de leurs champs, et très vite Ulor parvint à conquérir celle qu’il appelait avec affection « Ivresse des prés ». La nuit fut courte pour tous, d’autant plus pour eux, et dès l’aube deux nains ramenèrent les humains chez eux, comme l’avait ordonné le Thane, avant de revenir au campement déjà levé. Survolant à nouveau le nuage de glace jusqu’au village, les Foudre-plume chantèrent aux titans cette aventure qui les avait laissé changés à jamais.
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