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Au Fil des Sommets

le Ven 29 Juin - 10:41


Au Fil des Sommets


En plein dans le cœur ardent de Forgefer, à quelques pas du vacarme assourdissant des marteaux qui frappent sans relâche les enclumes, on trouve parmi la rangée de boutiques artisanales un établissement dont la façade ne paie pas forcément de mine. Mais, à moins d’être un connaisseur en matière de haute couture trogdolyte, il n’y a aucune raison de suspecter le contraire. Pourtant, il suffirait à l'illustre profane d’être guidé par la curiosité pour franchir le perron de cette petite bâtisse et découvrir un monde d’élégance et de finesse.
Bienvenue au Fil des Sommets.

Monceaux d’étoffes bariolées, bobines de fils soyeux et vêtements hors de prix décorent la nef principale du magasin, bâti suffisamment haut pour permettre l’éclosion d’une coupole de roche grise anthracite. Divinement arrangées sur des bustes de mannequins taillés dans le marbre, rayonnent les dernières créations du maître tailleur Beleragond Tisse-Laine. Au sous-sol, une petite armée de couturières gnomes, sélectionnées sur le volet (mais payées une misère) pour la précision de leur doigté, s’active à fignoler les détails d’une robe confectionnée sur mesure pour la femme d’un riche sénateur nain. Entre deux métiers à tisser, les pauvrettes croulent sous une montagne d’aiguilles et de tissus, qu’elles découpent assidûment dans une symphonie de « tshak tshak tshak ». Il ne s’agit là que d’une main d’œuvre à faible coût (ce sont des gnomes, après tout, qui se soucierait de leurs acquis sociaux ?) mais hautement qualifiée, supervisée par le maître tailleur qui, lui, s’occupe exclusivement du travail de la coupe. Et qui règne en véritable tyran sur ce petit monde savamment orchestré, avec une précision maniaque capable de faire rougir le plus pointilleux des horlogers.

Historiquement et aussi loin que remonte mémoire de barbu, la famille Tisse-Laine possède comme vocation l’art subtil de la couture. Traditionnellement très modestes et peu ambitieux, les maîtres tailleurs de cette famille d’artisans se succédèrent en travaillant principalement la laine et le chanvre, pour confectionner des habits à destination des classes moyennes de la société naine. Cette stratégie commerciale de niche n’était pas tant altruiste que prudente, une façon pour les Tisse-Laine d’éviter la concurrence frontale avec les grands artisans couturiers de Forgefer, qui disposaient de ressources plus conséquentes, tant financières que matérielles, et certainement d’un plus grand talent.

Beleragond Tisse-Laine fut le point de rupture avec cette tradition timorée. Son premier siècle de vie à peine achevé, il avait risqué l’héritage ancestral des siens pour opérer un revirement majeur dans la conduite de l’affaire familiale. Mu par un esprit entrepreneurial aiguisé et un pragmatisme retors, il avait investi de coquettes sommes dans des métiers à tisser de meilleure facture et des locaux plus grands, à la hauteur de ses ambitions. Pour un nain, on pouvait même dire qu’il avait la folie des grandeurs !
En outre, il noua des partenariats décisifs, au terme de négociations rondement menées, avec des fabricants d’étoffes plus sophistiquées ; parmi lesquels des tisserands nains de renom mais également quelques célèbres drapiers hurleventois et tirassiens.

Dans la foulée, il avait réussi à attiser la curiosité d’une clientèle fortunée de la capitale naine, qui était à la recherche de soieries innovantes et onéreuses. Les profits amassés au cours du siècle qui suivit auraient fait pâlir tous ses ancêtres de jalousie. Pour autant, Beleragond n’accordait qu’une très faible importance au passé. Ce qui comptait, c’était l’avenir, et il n’y avait qu’un sot pour s’attarder sur des réminiscences antérieures.

Au fil des siècles, lentement mais sûrement, l’affaire de Beleragond prit de l’ampleur, au point qu’il puisse ouvrir deux autres ateliers dans Forgefer. Il était désormais considéré comme un fabricant-marchand et non plus seulement comme un simple artisan, sans toutefois sombrer dans une logique manufacturière qui impacterait la qualité de ses produits. Il avait même eu un apprenti, en ces temps-là, un jeune nain suffisamment talentueux pour, un jour, lui succéder et garantir sa postérité. Beleragond avait toujours nourri un penchant pour la solitude, son tempérament particulièrement lunatique, qui oscillait entre l'austérité sévère et la foldinguerie, l’éloignant de toute cohabitation ; cet apprenti avait donc été, en quelque sorte, le fils qu’il n’aurait jamais. Malheureusement, ce dernier trouva la mort dans un évènement tragique lors du siècle précédent. Depuis, l’illustre maître tailleur poursuivait seul son bonhomme de chemin.

Dans tous les cas, grâce au développement de son affaire, il eut le loisir de déléguer davantage et se tourner vers des tâches plus mercantiles comme la prospection de nouveaux acheteurs (principalement des clans nains fortunés), la fidélisation des clients actuels mais également l’entretien de son réseau de fournisseurs, absolument crucial pour garantir l’accès à de riches soieries.

Fort de son ascension dans le monde de la haute-couture naine, Beleragond ne compte pourtant pas s’arrêter là. Il envisage depuis plusieurs années de se développer au-delà des grands halls de Forgefer. Ainsi, cela fait plusieurs mois qu’il nourrit le projet très concret de fonder une annexe en Hurlevent. Un défi de taille car Beleragond ne compte pas seulement habiller les quelques familles naines résidant dans le Quartier éponyme de la capitale humaine, mais également atteindre une clientèle toute trouvée mais difficile à combler : les humains, ces capricieuses et versatiles créatures. D’un naturel lucide et avisé, Beleragond sait pertinemment qu’il faudra adapter un certain nombre de ses méthodes de travail, ainsi que réviser son appareil de production et la logistique de son entreprise pour répondre au mieux à cette nouvelle demande. Toutefois, et c’est aussi une grande part du défi, il s’agit de conquérir ce nouveau créneau sans pour autant perdre des parts de marché à domicile. Mais tel est le risque de toute expansion.

C’est notamment par l’entremise de Romulus Barèzes, maître drapier et négociant humain fortuné, que Beleragond entend réussir ce tour de force. Mais il lui faudra redoubler d’efforts, de patience et de diplomatie pour s’imposer sur ce nouveau marché.
Localisation : Forgefer, Place de la Grande Forge
Spécialisation : Couture
Propriétaire : Beleragond Tisse-Laine


Credits : Gondagar pour la bannière
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